Il était tout soldat, avant tout amateur de bravoure. Un paysan rebelle, à Avranches, se battit admirablement devant une barricade, et tua le marquis de Courtaumer, qu’il prit pour Gassion. Gassion fit chercher partout ce vaillant homme pour lui faire grâce et le mettre dans son régiment. Le chancelier Séguier prit l’affaire en homme de robe; quelque temps après, ayant saisi le paysan, il le fit rouer.
Il traitait les affaires civiles comme les affaires militaires. Il fit dire à un marchand de Paris, qui lui fit banqueroute de dix mille livres, « qu’il lui serait impossible de laisser au monde un homme qui emportait son bien. » Il fut payé.
« Il mena admirablement les gens à la guerre. J’en ai ouï conter une action bien hardie et bien sensée tout ensemble: avant que d’être maréchal de camp, il demanda à quelques gentilshommes s’ils voulaient venir en parti avec lui. Ils y allèrent. Après avoir couru toute une matinée sans rien trouver, il leur dit: « Nous sommes trop forts; les partis fuient devant nous. Laissons ici nos cavaliers, et allons-nous-en tout seuls. » Les volontaires le suivent; ils s’avancent jusqu’auprès de Saint-Omer. Quand ils furent là, voilà deux escadrons de cavalerie qui paraissent et leur coupent le chemin; car Saint-Omer était à dos de nos gens. « Messieurs, leur dit-il, il faut périr ou passer. Mettez-vous tous de front; allez au grand trot à eux et ne tirez point. Le premier escadron craindra, voyant que vous ne voulez tirer qu’à brûle-pourpoint; il reculera et renversera l’autre. » Cela arriva comme il l’avait dit: nos gentilshommes, bien montés, forcent les deux escadrons et se sauvent tous, à un près.
« En voici un autre qui est bien aussi hardi; mais il me semble un peu téméraire. Ayant eu avis que les Cravates emmenaient les chevaux du prince d’Enrichemont, il voulut aller les charger, accompagné seulement de quelques-uns de ses cavaliers, et, s’étant trouvé un grand fossé entre lui et les ennemis, il le fit passer à la nage à son cheval, sans regarder si on le suivait, tellement qu’il alla seul aux ennemis, en tua cinq, mit les autres en fuite, et revint avec trois des nôtres qu’ils avaient pris, et qui lui aidèrent peut-être dans le combat. Il ramena tous les chevaux. »
L’ancien chevau-léger reparaissait sous le général. Aussi resta-t-il toujours le camarade de ses soldats. Quand quelqu’un avait offensé le moindre de ses cavaliers, il menait avec lui ce cavalier et lui faisait rendre raison d’une façon ou d’une autre.
« La Vieuxville, depuis surintendant, lui donna son fils aîné pour apprendre le métier de la guerre. Ce jeune homme traita Gassion à l’armée magnifiquement. « Vous vous moquez, dit-il, monsieur le marquis: à quoi bon toutes ces friandises ? Mordioux ! il ne faut que bon pain, bon vin et bon fourrage. » Il pensait à son cheval autant qu’à lui-même.
Il était méchant courtisan et ne s’inquiétait guère des cérémonies. Un jour, il alla à la cène devant le prince palatin, et, le dimanche suivant, ayant trouvé sa place prise, il ne voulut jamais souffrir qu’un gentilhomme en sortît, et alla chercher place ailleurs. Du reste, peu galant avec les dames et sur ce point très-indigne d’Henri IV.
« A la cour, beaucoup de filles, qui eussent bien voulu de lui, le cajolaient et lui disaient: « Vraiment, monsieur, vous avez fait les plus belles choses du monde.—Cela s’entend bien, » disait-il. Une ayant dit: « Je voudrais bien avoir un mari comme M. de Gassion.—Je le crois bien, » répondit-il.
« Il disait de Mlle de Ségur, vieille et laide: Elle me plaît, cette fille; elle ressemble à un Cravate. »
« Quand Bougis, son lieutenant de gendarmes, demeurait trop longtemps à Paris l’hiver, il lui écrivait: « Vous vous amusez à ces femmes, vous périrez malheureusement; ici vous verriez quelque belle occasion. Quel diable de plaisir d’aller au Cours et de faire l’amour ! Cela est bien comparable au plaisir d’enlever un quartier ! »