Ce bourg a plusieurs sources: celle du Roi guérit Abarca, roi d’Aragon: celle de César rendit, dit-on, la santé au grand César. Il faut de la foi en histoire comme en médecine.
Par exemple, au temps de François Iᵉʳ, les Eaux-Bonnes guérissaient les blessures; elles s’appelaient eaux d’arquebusades; on y envoya les soldats blessés à Pavie. Aujourd’hui elles guérissent les maladies de gorge et de poitrine. Dans cent ans, elles guériront peut-être autre chose; chaque siècle, la médecine fait un progrès.
« Autrefois, dit Sganarelle, le foie était à droite et le cœur à gauche, nous avons réformé tout cela. »
Un médecin célèbre disait un jour à ses élèves: « Employez vite ce remède pendant qu’il guérit encore. » Les médicaments ont des modes comme les chapeaux.
Que peut-on dire contre celle-ci ? Le climat est chaud, la gorge abritée, l’air pur; la gaieté du soleil égaye. En changeant d’habitudes, on change de pensées; les idées noires s’en vont. L’eau n’est pas mauvaise à boire; on a fait un joli voyage; le moral guérit le physique: sinon, on a espéré pendant deux mois. Et qu’est-ce, je vous prie, qu’un remède, sinon un prétexte pour espérer ? On prend patience et plaisir jusqu’à ce que le mal ou le malade s’en aille, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
II.
A quelques lieues de là, entre les précipices, dort le lac de Gaube. L’eau verte, profonde de trois cents pieds, a des reflets d’émeraude. Les têtes chauves des monts s’y mirent avec une sérénité divine. La fine colonne des pins s’y réfléchit aussi nette que dans l’air; dans le lointain, les bois vêtus d’une vapeur bleuâtre viennent tremper leurs pieds dans son eau froide, et l’énorme Vignemale, taché de neige, le ferme de sa falaise. Quelquefois un reste de brise vient le plisser, et toutes ces grandes images ondulent; la Diane de Grèce, la vierge chasseresse et sauvage l’eût pris pour miroir.
Comme on la voit renaître, en de pareils sites ! ses marbres sont tombés, ses fêtes sont évanouies; mais au frissonnement des sapins, au bruit des glaciers qui craquent, devant l’éclat d’acier de ces eaux chastes, elle reparaît comme une vision. Toute la nuit, dans les clameurs du vent, les pâtres pouvaient entendre l’aboiement de ses lévriers et le sifflement de ses flèches; le chœur indompté de ses nymphes courait à travers les précipices; la lune luisait sur leurs épaules d’argent et sur la pointe de leurs lances. Au matin elle venait laver ses bras dans le lac; et plus d’une fois on l’avait vue debout sur une cime, les yeux fixes, le front sévère; son pied foulait la neige sanglante, et sous le soleil d’hiver brillaient ses seins de vierge.