Les promenades sont trop propres et rappellent le bois de Boulogne; çà et là un balai fatigué appuie contre un arbre sa silhouette oblique. Du fond d’un fourré, les sergents de ville lancent sur vous leur regard d’aigle, et le crottin décore les allées de ses monticules poétiques.
Un malade amène toujours avec lui un ou plusieurs compagnons. Quel est l’être assez déshérité du ciel pour ne pas avoir un parent ou un ami qui s’ennuie ? et quel est l’ami ou le parent assez ingrat pour refuser un service qui est une partie de plaisir ? le malade boit et se baigne; l’ami chausse des guêtres ou monte à cheval: de là l’espèce des touristes.
Cette espèce comprend plusieurs variétés, qu’on distingue au ramage, au plumage et à la démarche. Voici les principales:
I.
La première a les jambes longues, le corps maigre, la tête penchée en avant, les pieds larges et forts, les mains vigoureuses, excellentes pour serrer et accrocher. Elle est munie de cannes, de bâtons ferrés, de parapluies, de manteaux, de pardessus en caoutchouc. Elle méprise la parure, se montre peu dans le monde, connaît parfaitement les guides et les hôtels. Elle arpente le terrain d’une façon admirable, monte avec selle, sans selle, de toutes les manières, toutes les bêtes possibles. Elle marche pour marcher et pour avoir le droit de répéter quelques belles phrases toutes faites.
J’ai trouvé et ramassé aux Eaux-Chaudes le journal d’un de ces touristes marcheurs. Il est intitulé: Mes impressions.
« 15 juillet. Ascension du Vignemale. Départ à minuit, retour à dix heures du soir. Appétit sur le sommet, excellent dîner, pâté, volailles, truites, bordeaux, kirsch. Mon cheval a bronché onze fois. Pieds écorchés. Rondo, bon guide. Total: soixante-sept francs.
« 20 juillet. Ascension du Pic du Midi de Bigorre. Quinze heures. Sanio, médiocre guide, ne sait ni chansons ni histoires. Bon sommeil d’une heure au sommet. Deux bouteilles cassées, ce qui a un peu gâté les provisions. Trente-huit francs.
« 21 juillet. Excursion au val d’Héas. Trop de pierres sur la route. Sept lieues. Il faut m’exercer tous les jours; demain j’en ferai huit.
« 24 juillet. Excursion au val d’Aspe. Neuf lieues.