—Vraiment ?

—Il remonte à Henri III, qui institua les réunions de flagellants. Les gens de la cour se décolletaient et s’assemblaient pour se donner des coups de fouet sur leurs épaules. Aujourd’hui il n’y a plus de coups de fouet, mais la tristesse est égale. Tous les gens qui sont ici viennent expier de grandes fautes ou viennent de perdre leurs parents.

—C’est pour cela qu’ils sont vêtus de noir !

—Précisément.

—Mais les dames sont en robes magnifiques.

—Elles ne s’en mortifient que mieux. Chacune s’est pendu autour des reins une sorte de cilice, cet horrible amas de jupons qui les blesse et finit par les rendre malades. C’est à l’exemple des saintes, pour mieux opérer le salut.

—Mais tous les hommes sourient.

—C’est là le plus beau, gênés comme ils sont, enfermés dans leur suaire de drap noir. Ils se contraignent, et font preuve de vertu. Avancez de six pas, vous allez voir. »

Le jeune homme avança; n’ayant pas encore l’expérience des mouvements de salon, il marcha sur les pieds d’un danseur et défonça le chapeau d’un monsieur mélancolique. Il revint tout rouge se blottir auprès de nous.

« Qu’est-ce que vous ont dit vos deux pauvres diables ?