—A rouler des gammes, à perler des trilles, à démancher leurs poignets. La prestidigitation enseigne le ménage.
—Décidément, vous autres gens d’Europe, vous avez une belle logique. Et la huitième fille, celle qui ne devient point orgue de Barbarie ?
—Le piano la forme aussi. Il sert à tout, partout. Bienfaisante machine !
—Comment cela ?
—Il exalte et raffine. Mendelssohn les entoure de rêves ardents, délicats, maladifs. Rossini emplit leurs nerfs d’une joie expansive et voluptueuse. Les âpres désirs tourmentés, les cris brisés, révoltés, des passions modernes, sortent de tous les accords de Meyerbeer. Mozart éveille en elles un essaim de tendresses et de tristesses vagues. Elles vivent dans un nuage d’émotions et de sensations.
—Les autres arts en feraient autant.
—Point du tout. La littérature est une psychologie vivante, la peinture une physiologie vivante. La musique seule invente tout, ne copie rien, est un pur rêve, lâche la bride aux rêves.
—Et probablement elles s’y lancent.
—De toute la fougue de leur ignorance, de leur sexe, de leur imagination, de leur oisiveté et de leurs vingt ans.
—Eh bien ! le soir elles ont pour pâture la poésie de la famille et du monde.