J'étais alors maréchal-de-logis-chef de mon escadron et je n'aurais voulu pour rien au monde, manquer l'occasion de donner un coup de sabre qui aurait pu me valoir la contre épaulette de sous-lieutenant, alors l'objet de tous mes rêves.
J'arrivai donc au galop, en vue de la Silla, et un quart d'heure plus tard, j'apprenais que l'objet de ma course au clocher était depuis quelques jours à Salinas en visite chez une de ses parentes.
Jugez de mon désespoir!
Que faire?
Je tenais à voir mon Anita, et Salinas était à une distance de dix bonne lieues de Monterey. Je n'avais que vingt-quatre heures d'avance, sur la colonne, et il m'était tout à fait impossible de penser à faire 30 lieues en un jour sur mon cheval qui était déjà fatigué, et de pouvoir reprendre ensuite la route avec mes compagnons d'armes.
J'étais furieux de ce contretemps, quand je me rappelai fort à propos que j'avais une cinquantaine de dollars dans mes goussets. A Monterey, un bon mustang s'achète et se vend pour deux onces d'or.
Je trouvai tout de suite un maquignon qui me fournit une monture respectable pour vingt-cinq dollars et après avoir confié mon fidèle Pedro--mon cheval--au soins du garçon d'écurie de l'hôtel San Fernando, je me préparai à prendre la route de Salinas.
On me fit bien remarquer que les Chinacos avaient été vus dans les environs depuis quelques jours, mais quand on est militaire et amoureux, on se moque de tout,--même des choses les plus sérieuses.
J'étais donc décidé à tout braver, fatigues et Juaristes, pour avoir l'ineffable plaisir de contempler pendant quelques instants les yeux noirs de ma Novia.
Je plaçai de nouvelles capsules sur mes revolvers américains et je pris une double ronde de cartouches pour ma carabine Spenser.