Vous souriez probablement, lecteur, de mon infatuation amoureuse quand je vous nomme ma passion; mais avant de vous raconter les aventures que me valurent un attachement digne d'un meilleur sort, laissez-moi vous dire qu'elle en valait la peine, ma mexicaine.
Voilà bientôt onze ans que je l'ai oubliée et parole d'ex-contre-guérilla, quand j'y pense par hasard, je me surprends à regretter la plaza de Monterey et les charmantes promenades que nous y faisions,Anita et moi en écoutant la musique du 95ème. Je faisais retentir mes éperons et sonner mon grand sabre de cavalier sur le pavé, et elle souriait sous sa mantille,--la coquine--aux officiers d'état-major que me jalousaient ma bonne fortune.
III
Mais revenons à la grande route de Salinas et aux cavaliers inconnus qui galopaient devant moi.
J'avait donc fait taire mes soupçons et j'avais même oublié toute idée de danger, quand j'arrivai, toujours su galop, à un endroit où la route faisait un brusque détour. Mes Mexicains de tout-à-l'heure, m'attendaient là le revolver au poing, et je fus accueille par un brusque:
--Alto ahi!--Halte là!
Mon cheval se cabra, et ma main droite fouillait encore les fontes de ma selle quand j'entendis derrière moi, le sifflement bien connu du lasso. Je sentis la corde se resserrer autour de mes épaules et un instant plus tard je roulais dans la poussière. Un brigand de Chinaco m'avait ficelé par derrière pendant que ses dignes compagnons me mettaient en joue par devant.
Jolie position, pour un sous-officier qui avait l'honneur de servir sous Dupin. Je me sentais attrapé comme le corbeau de la fable.
J'avais honte de moi-même.