Jules Girard et sa sœur Jeanne, gracieuse fille de 16 ans, étaient arrivés un beau matin à Lavaltrie, et avaient offert leurs services à M. Montépel. Le fermier, qui avait besoin de bras, les mit à l'ouvrage immédiatement, Jules comme faucheur et Jeanne parmi les faneuses.

Le frère et la sœur paraissaient pensifs et troublés. Ils se tenaient à l'écart des autres moissonneurs, et les chansons joyeuses de leurs compagnons produisaient à peine un faible sourire sur leurs figures tristes et intelligentes.

Chaque soir, après le travail fini, Jules et Jeanne s'empressaient de se rendre au rivage et de s'embarquer sur un frêle canot d'écorce qui les conduisait à Contrecœur.

Comme nous l'avons dit déjà, le village de Contrecœur est situé sur la rive sud du Saint-Laurent, en face du village de Lavaltrie. Le fleuve en cet endroit paraît avoir au moins une lieue de largeur. Jules et Jeanne maniaient cependant avec adresse l'aviron du canotier, et la frêle embarcation semblait voler sous les efforts réunis du faucheur et de la faneuse.

Trois petits quarts d'heure les conduisaient à Contrecœur, où, sur le sable argenté de la rive, les attendait leur père, grand vieillard octogénaire qui les embrassait tendrement, après leur avoir souhaité un cordial bonsoir.

Le frère et la sœur s'empressaient autour du vieillard, et le soutenant de chaque côté le conduisaient à une humble chaumière que l'on apercevait à demi cachée à l'ombre des ormes qui bordent la côte du fleuve.

On soupait en famille, on causait pendant quelque temps, et après avoir fait en commun la prière du soir, les braves enfants allaient reposer sur des grabats leurs membres fatigués par les rudes travaux de la moisson.

Le lendemain matin, longtemps avant l'aurore, Jeanne était debout, préparant le frugal déjeuner du vieillard et mettant dans un ordre parfait le ménage de la chaumière.

Après avoir baisé avec respect les cheveux blancs de leur père, tout en prenant soin de ne pas l'éveiller, Jules et Jeanne reprenaient en silence la route du rivage et dirigeaient leur fidèle canot d'écorce vers le clocher de Lavaltrie, pour reprendre la fourche et la faux, et continuer les travaux de la moisson.

VII