Deux braves cœurs
Wish me partaker in thy happiness
When thou dost meet good hap; and in thy danger,
If ever danger do environ thee,
Commend thy grievance to my holy prayers,
For I will be thy bead's-man, Valentine.
(Shakespeare.)
[Shakespeare, The two Gentlemen of Verona, acte 1, scène 1 (vers 14-18).]
Pierre Montépel qui dirigeait avec son père les travaux de la fenaison, avait remarqué, dès les premiers jours, la réserve polie, les manières douces et prévenantes et le caractère mélancolique des jeunes moissonneurs de Contrecœur.
Il s'était insensiblement rapproché de Jules Girard et il lui avait, en plusieurs circonstances, adressé la parole dans l'espoir d'engager une conversation amicale.
Jules avait répondu poliment à ses avances, mais il était évident que le jeune homme désirait rester seul; et Pierre, en homme bien élevé, avait respecté ce désir tacitement exprimé. Jeanne, de son côté, tout en prenant part aux travaux de ses compagnes, mettait une certaine réserve dans ses relations avec les faneuses. Et les jeunes filles, avec cet instinct admirable de délicatesse qui distingue la femme des campagnes, se rendaient aussi à la prière éloquente que l'on pouvait lire dans la physionomie pensive de Jeanne Girard.
Le père Jean-Louis avec qui Pierre avait eu l'occasion de causer à ce sui et, avait répondu:
—Ma foi, mon fils, je crois que tu as raison. Ces jeunes gens me font l'effet de braves travailleurs et de personnes fort bien élevées. Quoique je connaisse, cependant, à peu près tout le monde à Contrecœur, je ne les avais jamais rencontrés avant le commencement de la moisson.
Et le fermier qui ne laissait jamais son esprit pratique et calculateur errer dans les régions du sentiment, avait changé de conversation, et avait fait remarquer à son fils l'excellente qualité des foins et le rendement exceptionnel de la récolte.