—Jean-Louis, mon homme, je t'ai dit hier soir qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire dans l'esprit de notre Pierre. Je te le répète encore aujourd'hui; je ne sais ce qui agite ainsi le jeune homme, mais ses manières trahissent des préoccupations sérieuses.
—Bah! laisse donc faire, femme, Pierre est un gaillard qui saura bien «tirer son épingle du jeu». Tu oublies qu'il faut que jeunesse se passe et que l'esprit nous «trotte» quand on a vingt-cinq ans. Laisse le gars à ses plaisirs et viens dîner, Marie, viens!
X
L'histoire des Girard
Quand on est vieux, quand le soir tombe
Sur notre jour qui va finir,
On rencontre au bord de la tombe
La grande ombre du souvenir.
Ce fantôme qu'on nomme aussi l'expérience,
Invisible à nos fils, m'attriste sur leur sort;
Ignorant le passé, cœurs pleins de confiance,
Ils vont! Dieu les conduise au port!
(Benjamin Sulte.)
[Benjamin Sulte, L'histoire. Causerie d'un vieillard (vers 1-8), dans Les laurentiennes, Montréal, Senécal, 1870.]
Si Pierre s'était roulé sur sa couche sans pouvoir fermer l'œil, à Lavaltrie, on avait aussi passé une nuit bien agitée dans l'humble chaumière de Contrecœur.
Jules, après avoir consulté sa sœur, avait raconté à son vieux père la scène de la grève et lui avait fait part des paroles et des sentiments de Pierre Montépel. Le vieillard avait écouté silencieusement les paroles de son fils et lui avait dit:
—Et Jeanne! que pense-t-elle de tout cela?