Ce cachet indélébile du «coureur des bois» et de «l'homme de chantier» que l'on rencontrait si souvent dans nos campagnes et dans les rues des villes de Montréal et de Québec, est passé à l'état de légende.
On entend encore les vieillards raconter leurs exploits parmi les indiens du Nord-Ouest et dans les forêts vierges de l'Outaouais, mais les enfants, maintenant, vont à l'école, passent au collège, et finissent généralement par choisir l'outil de l'artisan ou l'étude des professions libérales.
La scène que nous avons racontée, au premier chapitre, était donc, en 1872, chose à peu près exceptionnelle. Aussi l'arrivée des voyageurs dans le joli village de Lavaltrie eut-elle pour effet de rassembler le soir même, à la ferme du père Montépel, tous les amis des alentours qui se disputaient le privilège de serrer la main du fils unique qui revenait des chantiers après une absence de neuf mois.
III
Pierre
J'aime, ô terre bénie, où dorment nos aïeux!
Tes lacs d'azur au fond des bois harmonieux
Où murmure une onde limpide.
Tes coteaux émaillés de hameaux éclatants
Qui se mirent au loin dans les flots transparents
De ton fleuve large et rapide.
(L.-J.-C. Fiset.)
Au nombre des hardis soldats qui accompagnaient M. Marganne de Lavaltrie, lors de son premier voyage au Canada, avec le régiment de Carignan-Salières, se trouvait l'arrière grand-père du fermier Jean-Louis Montépel.
Originaire de la haute Normandie et descendant de fermier de père en fils depuis des générations, Montépel avait continué, après l'expiration de son service au Canada, à se livrer à la culture des champs.
Les rives encore incultes du fleuve Saint-Laurent offraient des avantages magnifiques à l'agriculture, et M. de Lavaltrie charmé par le site pittoresque du village qui porte encore son nom, s'était établi avec ses anciens soldats au nord de la magnifique pointe de sapins, que l'on appelle encore aujourd'hui «le domaine de Lavaltrie.»[3] [Augmentation. «Concession du 21 avril 1734, faite par Charles, marquis de Beauharnois, Gouverneur, et Gilles Hocquart, Intendant au sieur Marganne de Lavaltrie, d'une lieue et demi de terre de front sur deux lieues et demie de profondeur, du fief de Lavaltrie; pour être la dite prolongation en profondeur unie et jointe au fief de Lavaltrie, et ne faire qu'une même seigneurie, laquelle, par ce moyen, se trouvera être d'une lieue et demie de front sur quatre lieues de profondeur.»—Registre d'Intendance, No. 7, folio 24.]