Ils passèrent ainsi la nuit et ce n'est qu'aux premières lueurs du jour qu'ils se séparèrent dans une étreinte convulsive. Ils grelottaient en s'embrassant, car les pauvres haillons qui les couvraient les protégeaient à peine contre la bise du nord qui soufflait toujours en tempête.
Était-ce par pressentiment ou simplement par désespoir qu'ils se dirent:
—Adieu, Macloune!
—Adieu, Maïchette!
Et la pauvrette, trempée et transie jusqu'à la moëlle, claquant des dents, rentra chez son oncle où l'on ne s'était pas aperçu de son absence, tandis que Macloune lançait son canot dans les roulins et se dirigeait vers Lanoraie. Il avait vent contraire et il fallait toute son habileté pour empêcher la frêle embarcation d'être submergée dans les vagues.
Il en eut bien pour deux heures d'un travail incessant avant d'atteindre la rive opposée.
Sa mère avait passé la nuit blanche à l'attendre, dans une inquiétude mortelle. Macloune se mit au lit tout épuisé, grelottant, la figure enluminée par la fièvre; et tout ce que put faire la pauvre Marie Gallien pour réchauffer son enfant fut inutile.
Le docteur, appelé vers les neuf heures du matin, déclara qu'il souffrait d'une pleurésie mortelle et qu'il l'allait appeler le prêtre au plus tôt.
Le bon curé apporta le viatique au moribond qui gémissait dans le délire et qui balbutiait des paroles incompréhensibles. Macloune reconnut cependant le prêtre qui priait à ses côtés et il expira en jetant sur lui un regard de doux reproche et d'inexprimable désespérance et en murmurant le nom de Marichette.