Ce n'est pas la chose la plus facile du monde que d'arriver à se mettre en selle, car le cheval tourne, se dresse tout droit sur ses pieds de derrière, lance des ruades et s'efforce d'échapper. S'il se jette à terre, la selle de dressage est faite de telle sorte, avec un pommeau élevé, que le cavalier peut retirer les jambes sans difficulté dans le cas où il se trouverait pris sous la bête. D'ordinaire, il se tient sur ses pieds au moment où le cheval s'abat, et il enfourche de nouveau sa monture dès qu'elle se relève.

Voici le moment où le cheval va essayer les cabrioles. Se sentant sur le dos le poids assez lourd d'un cavalier, il fait tin effort suprême pour s'en débarrasser. Le voilà qui s'élève au-dessus du sol et qui retombe tenant la tête entre ses jambes de devant, la queue serrée entre les jambes de derrière, et réunissant les quatre pieds aussi près que cela lui est possible.

Le choc que le cavalier ressent à la descente est terrible et si c'est un novice, qui ne l'a pas éprouvé encore, il sera désarçonné en un rien de temps. Mais s'il a déjà passé par des épreuves semblables, s'il sait se tenir en selle, il est à peu près certain que le cheval recommencera le même manège en y introduisant de nombreuses variations.

Il sautera, pivotera sur lui-même pendant qu'il sera dans les airs; il s'abattra sur le sol, les jambes roides comme des barres; et il lancera de terribles ruades. Si l'on se met bien dans l'esprit que tout cela a lieu pendant une course échevelée, on comprendra facilement qu'un homme qui ne se sent pas en selle parfaitement à son aise, sera bientôt désarçonné. Un coup dont la bête fait invariablement l'essai quand elle voit qu'aucun des autres ne lui a réussi, consiste en un bond fait soudainement de recul. Immédiatement après, le cheval se dresse sur sa croupe et se laisse tomber en arrière, dans l'espoir d'écraser le cavalier sous son poids. Il ne tient alors qu'à un cheveu que ce dernier n'ait quelque membre brisé, peut-être même qu'il ne soit entièrement broyé.

Il ne peut échapper au danger qu'en se jetant hors de selle par un côté, sans oublier toutefois de garder fermement dans sa poigne la corde qui sert de licol. Dès que le cheval se redresse, le cavalier doit être déjà remis en selle.

C'est alors qu'il faut du sang-froid et de la présence d'esprit, car le cheval ne médite rien moins que la mort de son cavalier. Quelquefois il continuera cette lutte durant une heure, se tenant tout le temps dans un étroit espace de dix pieds carrés. Ce n'est que lorsqu'il se sent entièrement hors d'haleine et à bout de forces qu'il donne quelques signes de soumission. Quand la bête en arrive à ce point, c'est le moment d'avoir recours au fouet et, à l'éperon pour mettre le cheval au galop. Tandis qu'il court, il ne lui est pas possible de faire ses cabrioles de bouc; aussi, pourvu que le cowboy puisse rester en selle quand le cheval fait ses sauts, et qu'il le fasse courir jusqu'au point d'épuiser ses forces, il est sûr de sortir vainqueur de la lutte.

Toutefois, si le cheval est d'un naturel vicieux, il fera l'essai du même jeu avec chaque nouveau cavalier qu'il portera en selle; car, reconnaissant un maître en celui qui l'a d'abord dompté et lui obéissant, il n'abandonnera pas l'espoir de reconquérir la liberté avec un nouveau cavalier. Aussi les cowboys sont-ils toujours sur leurs gardes quand ils montent une nouvelle bête, ne négligeant jamais de demander si elle buckcabriole, et si elle fait des bêtises.