Qu'arriverait-il si un cheval s'échappait pendant qu'on le dompte? Ce serait adieu paniers, les vendanges sont faites, du moins en ce qui regarderait le cavalier. Le cheval se souviendrait à jamais de lui; il n'oublierait pas de sa vie qu'il a eu un jour le dessus sur cet homme, et tant qu'il lui resterait un souffle de vie, il essaierait de nouveau de gagner la partie.
A dire vrai, il est très difficile de reprendre un cheval qui est dans ce cas; car dès qu'il aperçoit du plus loin un homme qui se dirige vers lui, monté sur une autre bête, il se met à fuir loin du troupeau, et il disparaît à l'horizon. Dans la plupart des cas, s'il arrive même à un cavalier d'être jeté à terre une seule fois, il est très difficile de faire oublier au cheval cette victoire, et l'on peut être certain que la bête continuera à cabrioler de temps en temps jusqu'à la fin de sa vie.
XX
LA DETTE DU SANG
15 octobre 1890.
Il vient de se passer parmi les Indiens de l'ouest, un drame étrange dont le récit a fait le tour de la presse américaine et qui trouve naturellement sa place dans un livre qui traite des régions sauvages des Montagnes Rocheuses.
Les récits d'Homère pâlissent devant l'héroïque réalité d'une lutte comme celle que nous raconte M. S. C. Robertson, lieutenant au Ier régiment de cavalerie des Etats-Unis, un des acteurs de ce drame émouvant.
Je laisse la parole à M. Robertson, me contentant de traduire son récit qui est une des plus curieuses pages de l'histoire des races indigènes de l'Amérique du Nord: