—Rosina?... lui dit-il.
Puis, sans attendre sa réponse, il alla se coucher dans la petite grange aux fourrages.
Le sens de l'interpellation du colonel était facile à saisir; aussi la jeune femme laissa-t-elle échapper un geste indescriptible qui peignait tout à la fois, et la contrariété qu'elle devait éprouver à voir sa dépendance affichée, sans aucun respect humain, et l'offense faite à sa dignité de femme, ou à son mari; puis, il y eut aussi dans la crispation rapide des traits, de son visage, dans le rapprochement violent de ses sourcils, une sorte de pressentiment: elle eut peut-être une prévision de sa destinée. Rosina resta tranquillement à table; mais un instant après, et vraisemblablement lorsque le colonel fut couché dans son lit de foin ou de paille, il répéta:
—Rosina?...
L'accent de ce second appel fut encore plus brutalement interrogatif que ne l'avait été l'autre. Le grasseyement du colonel et le nombre que la langue italienne permet de donner aux voyelles et aux finales, peignirent tout le despotisme, l'impatience, la volonté de cet homme.
Rosina pâlit, mais elle se leva, passa derrière nous, et rejoignit le colonel.
Tous mes camarades gardèrent un profond silence; mais moi, malheureusement, je me mis à rire après les avoir tous regardés, et mon rire se répéta de bouche en bouche.
—Tu ridi?... dit le mari.
—Ma foi, mon camarade, lui répondisse en redevenant sérieux, j'avoue que j'ai eu tort... Je te demande mille fois pardon, et si tu n'es pas content des excuses que je te fais, je suis prêt à te rendre raison...
—Ce n'est pas toi qui as tort, c'est moi!... reprit-il froidement.