Vous ne savez sans doute pas ce que c'est que l'Hallowe'en: c'est la nuit des fées; elle a lieu vers le milieu d'août. Alors on va consulter le sorcier du village; alors tous les esprits follets dansent sur les bruyères, traversent les champs, à cheval sur les pâles rayons de la lune. C'est le carnaval des génies et des gnomes. Alors il n'y a pas de grotte ni de rocher qui n'ait son bal et sa fête, pas de fleur qui ne tressaille sous le souffle d'une sylphide, pas de ménagère qui ne ferme soigneusement sa porte, de peur que le spunkie[5] n'enlève le déjeuner du lendemain, et ne sacrifie à ses espiègleries le repas des enfans qui dorment enlacés dans le même berceau.

Note 5:[ (retour) ] Lutin.

Telle était la nuit solennelle, mêlée de caprice fantastique et d'une secrète terreur, qui allait s'élever sur les collines de Cassilis. Imaginez un terrain montagneux, qui ondule comme une mer, et dont les nombreuses collines se tapissent d'une mousse verte et brillante; au loin, sur un pic escarpé, les murs crénelés du château détruit, dont la chapelle, privée de sa toiture, s'est conservée presque intacte, et fait jaillir dans l'éther pur ses pilastres minces, sveltes comme des branchages en hiver et dépouillés de leur feuillage. La terre est inféconde dans ce canton. Le genêt doré y sert de retraite au lièvre; la roche paraît à nu de distance à distance. L'homme qui ne reconnaît un pouvoir suprême que dans la désolation et la terreur regarde ces terrains stériles comme frappés du sceau même de la Divinité. La bienfaisance féconde et immense du Très-Haut nous inspire peu de gratitude: c'est son châtiment et sa rigueur que nous adorons.

Les spunkies dansaient donc sur le gazon menu de Cassilis, et la lune, qui s'était levée, paraissait large et rouge à travers le vitrage cassé du grand portail de la chapelle. Elle semblait suspendue là comme une grande rosace amarante, sur laquelle se dessinait un débris de trèfle de pierre mutilé. Les spunkies dansaient.

Le spunkie! C'est une tête de femme, blanche comme la neige, avec de longs cheveux ardeus. De belles ailes, draperies soutenues par des fibres minces et élastiques, s'attachent, non pas à l'épaule, mais au bras blanc et mince dont elles suivent le contour. Le spunkie est hermaphrodite; à un visage féminin il joint cette élégance svelte et frêle de la première adolescence virile. Le spunkie n'a de vêtement que ses ailes, tissu fin et délié, souple et serré, impénétrable et léger, comme l'aile de la chauve-souris. Une nuance brunâtre, fondue dans une pourpre azurée, chatoie sur cette robe naturelle qui se reploie autour du spunkie en repos, comme les plis de l'étendard autour du bâton qui le porte. De longs filamens, qui ressemblent à de l'acier bruni, soutiennent ces longs voiles dont le spunkie se drape; des griffes d'acier en arment l'extrémité. Malheur à la ménagère qui s'aventure le soir près du marais où se tient blotti le spunkie, ou dans la forêt qu'il parcourt!

La ronde des spunkies commençait sur les bords de la Doon, quand l'assemblée joyeuse, femmes, enfans, jeunes filles, s'en approcha. Les lutins disparurent aussitôt. Toutes ces grandes ailes, se déployant à la fois, obscurcissent l'air. Vous eussiez dit une nuée d'oiseaux s'élevant tout à coup du milieu des roseaux bruissans. La clarté de la lune se voila un moment; Muirland et ses compagnons s'arrêtèrent.

—J'ai peur! s'écria une jeune fille.

—Bah! reprit le fermier, ce sont des canards sauvages qui s'envolent!

—Muirland, lui dit le jeune Colean d'un air de reproche, tu finiras mal; tu ne crois à rien.

—Brûlons nos noix, cassons nos noisettes, reprit Muirland, sans faire attention à la réprimande de son camarade; asseyons-nous ici, et vidons nos paniers. Voici un beau petit abri; la roche nous couvre; le gazon nous offre un lit douillet. Le grand diable ne me troublerait pas dans mes méditations, qui vont sortir de ces brocs et de ces bouteilles.