—Mais les bogillies[6] et les brownillies[7] peuvent nous trouver ici, dit timidement une jeune femme.

Note 6:[ (retour) ] Esprits des bois.

Note 7:[ (retour) ] Esprits des bruyères.

—Le cranreuch[8] les emporte! interrompit Muirland. Vite, Lapraik, allume ici, près du roc, un foyer de feuilles mortes et de branchages; nous chaufferons le whiskey; et si les filles veulent savoir quel mari le bon Dieu ou le diable leur réserve, nous avons ici de quoi les satisfaire. Bome Lesley nous a apporté des miroirs, des noisettes, de la graine de lin, des assiettes et du beurre. Lasses[9], n'est-ce pas là tout ce qu'il vous faut pour vos cérémonies?

Note 8:[ (retour) ] Vent du Nord.

Note 9:[ (retour) ] Jeunes filles.

—Oui, oui, répondirent les lasses.

—Mais d'abord buvons, reprit le fermier, qui, par son caractère dominateur, sa fortune, son cellier bien garni, son grenier plein de blé et ses connaissances agricoles, avait acquis une certaine autorité dans le canton.

Or, mes amis, vous saurez que de tous les pays du monde, celui où les classes inférieures ont le plus d'instruction et le plus de superstitions à la fois, c'est l'Écosse. Demandez à Walter Scott, ce sublime paysan écossais, qui ne doit sa grandeur qu'à cette faculté qu'il a reçue de Dieu de représenter symboliquement tout le génie national. En Écosse on croit à tous les gnomes, et on discute, dans les cabanes, des sujets d'abstraite philosophie. La nuit d'Hallowe'en est consacrée spécialement à la superstition. L'on se réunit alors pour pénétrer dans l'avenir. Les rites nécessaires pour obtenir ce résultat sont connus et inviolables. Point de religion plus stricte dans ses observances. C'était surtout cette cérémonie pleine d'intérêt, où chacun est à la fois prêtre et sorcier, que les habitans de Cassilis regardaient comme le but de leur excursion et le délassement de leur nuit. Cette magie rustique a un charme inexprimable. On s'arrête, pour ainsi dire, sur le point limitrophe de la poésie et de la réalité; on communique avec les puissances infernales, sans renier Dieu tout-à-fait; on transmute en objets sacrés et magiques les objets les plus vulgaires; on se crée avec un épi de blé et une feuille de saule des espérances et des terreurs.

La coutume veut que l'on ne commence les incantations d'Hallowe'en qu'à minuit sonnant, à l'heure où toute l'atmosphère est envahie par les êtres surhumains, et où non-seulement les spunkies, premiers acteurs du drame, mais tous les bataillons de la féerie écossaise, viennent s'emparer de leur domaine. Nos paysans, réunis à neuf heures, passèrent le temps à boire, à chanter ces vieilles et délicieuses ballades où leur langage mélancolique et naïf s'allie si bien à un rhythme saccadé, à une mélodie qui descend de quarte en quarte par des intervalles bizarres, à un emploi singulier du genre chromatique. Les jeunes filles, avec leurs plaids bariolés et leurs robes de serge, d'une admirable propreté; les femmes, le sourire sur les lèvres; les enfans, ornés de ce beau ruban rouge, noué sur le genou, qui leur sert de jarretières et de parure; les jeunes gens dont le coeur battait plus vite à l'approche du moment mystérieux où la destinée allait être consultée; un ou deux vieillards que l'ale savoureuse rendait à la joie de leurs jeunes ans, formaient un groupe plein d'intérêt, que Wilkie aurait voulu peindre, et qui aurait fait en Europe les délices de toutes les ames accessibles encore, parmi tant d'émotions fébriles, aux délices d'un sentiment vrai et profond.