«Les noisettes! les noisettes!» s'écrièrent-ils.
On tire du panier un sac plein de noisettes, et l'on se rapprocha du feu, que l'on n'avait pas cessé d'entretenir. La lune brillait pure et presque radieuse. Chacun prit sa noisette. Ce charme est célèbre et venéré. On se distribue par couples; on donne à la noisette que l'on a choisie son propre nom; et l'on place à la fois dans le feu la noisette baptisée du nom de sa fiancée, et la sienne propre. Si les deux noisettes brûlent paisiblement côte à côte, l'union sera longue et paisible; si les noisettes éclatent et se séparent en brûlant, trouble et séparation dans le ménage. Souvent c'est la jeune fille qui se charge de disposer dans le foyer le double symbole auquel toute son ame s'attache; et quel est son chagrin quand ce divorce s'opère, et que son mari futur s'élance en pétillant loin de sa compagne!
Une heure sonnait, et les paysans n'étaient point las de consulter leurs oracles mystiques. La terreur et la foi qui se mêlaient à ces incantations leur prêtaient un charme nouveau. Les spunkies recommençaient à se mouvoir au milieu des joncs agités. Les jeunes filles tremblaient. La lune, qui avait monté dans le ciel, se couvrait d'un nuage. On fit la cérémonie du pot de terre, celle de la chandelle soufflée, celle de la pomme, grandes conjurations que je ne dévoilerai pas. Willie Maillie, une des plus belles entre ces jeunes filles, plongea trois fois son bras dans l'eau de la Doon, en s'écriant: «Mon époux futur, mon mari qui n'es pas encore, où es-tu? Voici ma main.» Trois fois le charme avait été répété, lorsqu'on l'entendit pousser un grand cri.
«Ah! bon Dieu! le spunkie a saisi ma main, s'écria-t-elle.» On s'empressa près d'elle, et tout le monde frémit, excepté Muirland. Maillie montra sa main tout ensanglantée; les juges des deux sexes, qu'une longue expérience rendait habiles dans l'interprétation de ces oracles, convinrent sans hésiter que l'égratignure n'était pas causée, comme le prétendait Muirland, par les pointes d'un jonc épineux, mais que le bras de la jeune fille portait réellement l'empreinte de la griffe aiguë du spunkie. On reconnut aussi d'une seule voix que Maillie était menacée par cette expérience d'avoir plus tard un mari jaloux. Le fermier veuf avait bu, je crois, un peu plus que de raison.
«Jaloux! jaloux!» s'écria-t-il.
Il croyait voir dans cette déclaration de ses camarades une allusion malveillante à sa propre histoire.
«Moi, continua Muirland en vidant un pot d'étain rempli de whiskey qui en couvrait les bords, j'aimerais mieux cent fois épouser le spunkie que de me marier une seconde fois. J'ai su ce que c'était que de vivre enchaîné; autant vaudrait rester emprisonné dans une bouteille fermée hermétiquement, avec un singe, un chat ou le bourreau pour compagnons. J'ai été jaloux de ma pauvre Tuilzie: j'avais tort peut-être; mais comment, je vous le demande, n'être pas jaloux? Quelle est la femme qui ne demande pas une continuelle surveillance? Je ne dormais pas la nuit, je ne la quittais pas pendant le jour entier; je ne fermais pas l'oeil un instant. Les affaires de ma ferme allaient mal; tout dépérissait. Tuilzie elle-même languissait sous mes yeux. A cinq millions de diables le mariage!»
Les uns riaient, les autres, scandalisés, se taisaient. La dernière et la plus redoutable des incantations restait à essayer: c'est la cérémonie du miroir. On se place, une chandelle à la main, en face d'une petite glace; on souffle trois fois sur le verre, et on l'essuie en répétant trois fois: Parais, mon mari, ou: Parais, ma femme! Alors, au-dessus de l'épaule gauche de la personne qui consulte le destin, se montre distinctement une figure qui se reflète dans le miroir; c'est celle de la compagne ou du mari que l'on invoquait.
Personne n'osait, après l'exemple de Maillie, braver encore les puissances surnaturelles. Le miroir et la chandelle étaient là par terre sans que l'on pensât à les mettre en usage. La Doon frémissait dans les roseaux; une longue traînée d'argent, qui tremblait sur ses vagues lointaines, était aux yeux des villageois la trace étincelante des skelpies ou esprits des eaux; la jument de Muirland, sa petite jument des Highlands, à la queue noire et au blanc poitrail, hennissait de toute sa force, ce qui est toujours signe qu'un mauvais esprit est voisin. Le vent fraîchissait; les tiges des joncs balancés rendaient un triste et long murmure. Toutes les femmes commençaient à parler du retour; elles avaient d'excellentes raisons, des réprimandes pour leurs maris et leurs frères, des conseils de santé pour leurs pères, et une éloquence de ménage à laquelle, hélas! nous autres rois de la nature et du monde, nous résistons bien rarement.
«Eh bien! qui de vous se présentera devant le miroir?» s'écria Muirland.