On remarquera que ceci était la morale du conte que le magistrat avait raconté à mon arrière-grand-père.

LA FOSSE DE L'AVARE.

(Lieu de la scène: un village près Badajoz, le cimetière.—Sept heures du soir.)

GARCIAS, FOSSOYEUR, JOSÉ, SON VALET.

JOSÉ.

Maître, creuserons-nous long-temps encore? Voici dix pieds de terre que nous remuons depuis deux jours! Saint Jacques de Galice m'ait en aide! Ouf! je suis las!

GARCIAS.

Un peu de courage, garçon; tu seras payé de ta peine: va toujours, José, va toujours. Il faut gagner son argent, mon fils! Nous avons encore cinq bons pieds de terre à jeter dehors. Corps du Christ! Garcias, fossoyeur depuis trente-et-un ans, ne va pas manquer à sa parole, ni attraper une vieille pratique. Mon marché est bon, et j'y tiens. Il faut remplir ses engagemens en honnête chrétien.

JOSÉ.

Bah! c'est bien assez profond comme cela! Pourquoi descendrions-nous si bas ce pauvre cadavre? Que craignez-vous, maître? Il a voulu quinze pieds de fosse: va-t-il donc revenir, la toise en main, pour mesurer si vous lui avez donné son compte? Allez, vous ne courez pas risque d'être cité devant le corrégidor.