—Eh bien! j'accepte, répondis-je.
Si tu avais vu, José, avec quelle joie l'avare fit tomber sa main desséchée dans la mienne, et comme il me força de quitter nos occupations pour aller chez l'escribano[13]. Le contrat fut fait double et signé de nous deux, ainsi que de l'homme de loi. Ferrero tira sa bourse, et attendit que le notaire eût fini son calcul et stipulé le montant total de la somme convenue. L'escribano n'en finissait pas.
Note 13:[ (retour) ] notaire.
«Diable! s'écria Ferrero, vous êtes bien long, notaire, mon ami; que de chiffres pour une si petite somme! C'est trois ou quatre dollars; rien de plus facile à compter.
—Mais, interrompit le notaire, c'est quelque chose de plus; voyez plutôt. Cela fait juste 200 dollars.»
Ferrero saisit d'une main tremblante le compte qui lui était offert, et le parcourut d'un air d'épouvante. L'agonie était sur son visage; vous l'eussiez pris pour le symbole de la mort. Son menton desséché retomba sur sa poitrine; il essaya de parler, mais en vain. Ses dents claquèrent, ses genoux frémissans s'entre-choquèrent; il pleura, pria, maugréa, et refusa de payer. J'ai encore entre les mains le traité que nous avons conclu, et que je ferai solder assurément. Quant à lui, il s'enferma dans sa maison, cessa de manger, et se laissa dépérir. Le désespoir d'avoir accédé à ma proposition le dévorait. Ces 200 dollars le tuaient; cette fosse qui n'était pas encore faite, et qu'il fallait payer si cher, absorbait sa vie.
JOSÉ, riant.
Ah! ah! maître, la voilà cette fosse! nous remettons-nous à l'oeuvre! Allons, terminons. Finissons-en avec ce vieux ladre!
GARCIAS.
Tout à l'heure; mon histoire n'est pas finie. Bref, il passa trois ou quatre jours à soupirer, à languir, à déplorer sa faute, et expira.