—Déjà des comparaisons, s'écria Piombo avec un accent terrible. Non, je ne puis supporter cette idée, reprit-il. S'il t'aimait comme tu mérites de l'être, il me tuerait; et s'il ne t'aimait pas, je le poignarderais.
Les mains de Piombo tremblaient, ses lèvres tremblaient, son corps tremblait et ses yeux lançaient des éclairs; Ginevra seule pouvait soutenir son regard, car alors elle allumait ses yeux, et la fille était digne du père.
—Oh! t'aimer! Quel est l'homme digne de cette vie? reprit-il. T'aimer comme un père, n'est-ce pas déjà vivre dans le paradis; qui donc sera digne d'être ton époux?
—Lui, dit Ginevra, lui de qui je me sens indigne.
—Lui? répéta machinalement Piombo. Qui, lui?
—Celui que j'aime.
—Est-ce qu'il peut te connaître encore assez pour t'adorer?
—Mais, mon père, reprit Ginevra éprouvant un mouvement d'impatience, quand il ne m'aimerait pas, du moment où je l'aime....
—Tu l'aimes donc? s'écria Piombo. Ginevra inclina doucement la tête.—Tu l'aimes alors plus que nous?
—Ces deux sentiments ne peuvent se comparer, répondit-elle.