—Jugez-moi, dit-elle en se mettant à genoux.
—Est-on en état de bien juger quand on aime? répondit-il. Il prit les lettres et les jeta dans le feu, car plus tard sa femme pouvait ne pas lui pardonner de les avoir lues. Marie, la tête sur les genoux du comte, y fondait en larmes.—Mon enfant, où sont les tiennes? dit-il en lui relevant la tête.
A cette interrogation, la comtesse ne sentit plus l'intolérable chaleur qu'elle avait aux joues, elle eut froid.
—Pour que tu ne soupçonnes pas ton mari de calomnier l'homme que tu as cru digne de toi, je te ferai rendre tes lettres par Florine elle-même.
—Oh! pourquoi ne les rendrait-il pas sur ma demande?
—Et s'il les refusait?
La comtesse baissa la tête.
—Le monde me dégoûte, reprit-elle, je n'y veux plus aller; je vivrai seule près de toi si tu me pardonnes.
—Tu pourrais t'ennuyer encore. D'ailleurs, que dirait le monde si tu le quittais brusquement? Au printemps, nous voyagerons, nous irons en Italie, nous parcourrons l'Europe en attendant que tu aies plus d'un enfant à élever. Nous ne sommes pas dispensés d'aller au bal de l'Opéra demain, car nous ne pouvons pas avoir tes lettres autrement sans nous compromettre; et, en te les apportant, Florine n'accusera-t-elle pas bien son pouvoir?
—Et je verrai cela? dit la comtesse épouvantée.