Calyste partit après avoir échangé le plus pénétrant regard avec sa mère.
—Cher trésor, dit-elle en lui voyant courber la tête sous le cintre de la porte d'entrée.
—Que Dieu le protége! répondit le baron, car nous ne le referions pas.
Ce mot assez dans le ton grivois des gentilshommes de province fit frissonner la baronne.
—Mon neveu n'aime pas assez Charlotte pour aller au-devant d'elle, dit la vieille fille à Mariotte qui ôtait le couvert.
—Il est arrivé une grande dame, une marquise aux Touches, et il court après! Bah! c'est de son âge, dit Mariotte.
—Elles nous le tueront, dit mademoiselle du Guénic.
—Ça ne le tuera pas, mademoiselle; au contraire, répondit Mariotte qui paraissait heureuse du bonheur de Calyste.
Calyste allait d'un train à crever son cheval, lorsque Gasselin demanda fort heureusement à son maître s'il voulait arriver avant le départ du bateau, ce qui n'était nullement son dessein; il ne désirait se faire voir ni à Conti ni à Claude. Le jeune homme ralentit alors le pas de son cheval, et se mit à regarder complaisamment les doubles raies tracées par les roues de la calèche sur les parties sablonneuses de la route. Il était d'une gaieté folle à cette seule pensée: elle a passé par là, elle reviendra par là, ses regards se sont arrêtés sur ces bois, sur ces arbres!—Le charmant chemin, dit-il à Gasselin.
—Ah! monsieur, la Bretagne est le plus beau pays du monde, répondit le domestique. Y a-t-il autre part des fleurs dans les haies et des chemins frais qui tournent comme celui-là?