—Dans aucun pays, Gasselin.

—Voilà la voiture à Bernus, dit Gasselin.

—Mademoiselle de Pen-Hoël et sa nièce y seront: cachons-nous, dit Calyste.

—Ici, monsieur. Êtes-vous fou? Nous sommes dans les sables.

La voiture, qui montait en effet une côte assez sablonneuse au-dessus de Saint-Nazaire, apparut aux regards de Calyste dans la naïve simplicité de sa construction bretonne. Au grand étonnement de Calyste, la voiture était pleine.

—Nous avons laissé mademoiselle de Pen-Hoël, sa sœur et sa nièce, qui se tourmentent; toutes les places étaient prises par la douane, dit le conducteur à Gasselin.

—Je suis perdu! s'écria Calyste.

En effet la voiture était remplie d'employés qui sans doute allaient relever ceux des marais salants. Quand Calyste arriva sur la petite esplanade qui tourne autour de l'église de Saint-Nazaire, et d'où l'on découvre Paimbœuf et la majestueuse embouchure de la Loire luttant avec la mer, il y trouva Camille et la marquise agitant leurs mouchoirs pour dire un dernier adieu aux deux passagers qu'emportait le bateau à vapeur. Béatrix était ravissante ainsi: le visage adouci par le reflet d'un chapeau de paille de riz sur lequel étaient jetés des coquelicots et noué par un ruban couleur ponceau, en robe de mousseline à fleurs, avançant son petit pied fluet chaussé d'une guêtre verte, s'appuyant sur sa frêle ombrelle et montrant sa belle main bien gantée. Rien n'est plus grandiose à l'œil qu'une femme en haut d'un rocher comme une statue sur son piédestal. Conti put alors voir Calyste abordant Camille.

—J'ai pensé, dit le jeune homme à mademoiselle des Touches, que vous reviendriez seules.

—Vous avez bien fait, Calyste, répondit-elle en lui serrant la main.