—Pauvre égarée! reprit sévèrement le père, la leçon ne vient pas de moi, je n'y suis pour rien, si ce n'est pour t'adoucir le coup...

—Assez, mon père, ne jouez pas avec ma vie... dit Modeste en pâlissant.

—Allons, ma fille, rassemble ton courage. C'est toi qui as joué avec la vie, et la vie se joue de toi.

Modeste regarda son père d'un air hébété.

—Voyons, si le jeune homme que tu aimes, que tu as vu dans l'église du Havre, il y a quatre jours, était un misérable...

—Cela n'est pas! dit-elle, cette tête brune et pâle, cette noble figure pleine de poésie...

—Est un mensonge! dit le colonel en interrompant sa fille. Ce n'est pas plus monsieur de Canalis que je ne suis ce pêcheur qui lève sa voile pour partir...

—Savez-vous ce que vous tuez en moi?... dit-elle.

—Rassure-toi, mon enfant, si le hasard a mis ta punition dans ta faute même, le mal n'est pas irréparable. Le garçon que tu as vu, avec qui tu as échangé ton cœur par correspondance, est un loyal garçon, il est venu me confier son embarras; il t'aime et je ne le désavouerais pas pour gendre.

—Si ce n'est pas Canalis, qui est-ce donc?... dit Modeste d'une voix profondément altérée.