—Ou: Peste soit du bourgeois! reprit Mistigris.
—Mistigris! reprit le maître, je vous mets à pied si vous vous faites des affaires. Ainsi, dit-il en se tournant vers Georges, monsieur est allé dans l'Orient?
—Oui, monsieur, d'abord en Égypte, et puis en Grèce où j'ai servi Ali, pacha de Janina, avec qui j'ai eu une terrible prise de bec.—On ne résiste pas à ces climats-là.—Aussi les émotions de tout genre que donne la vie orientale m'ont-elles désorganisé le foie.
—Ah! vous avez servi? dit le gros fermier. Quel âge avez-vous donc?
—J'ai vingt-neuf ans, reprit Georges que tous les voyageurs regardèrent. A dix-huit ans, je suis parti simple soldat pour la fameuse campagne de 1813; mais je n'ai vu que le combat d'Hanau et j'y ai gagné le grade de sergent-major. En France, à Montereau, je fus nommé sous-lieutenant, et j'ai été décoré par... (il n'y a pas de mouchards?) par l'Empereur.
—Vous êtes décoré, dit Oscar, et vous ne portez pas la croix?
—La croix de ceux-ci?... bonsoir. Quel est d'ailleurs l'homme comme il faut qui porte ses décorations en voyage? Voilà monsieur, dit-il en montrant le comte de Sérisy, je parie tout ce que vous voudrez...
—Parier tout ce qu'on voudra, c'est en France une manière de ne rien parier du tout, dit le maître à Mistigris.
—Je parie tout ce que vous voudrez, reprit Georges avec affectation, que ce monsieur est couvert de crachats.
—J'ai, répondit en riant le comte de Sérisy, celui de Grand-croix de la Légion-d'Honneur, celui de Saint-André de Russie, celui de l'Aigle de Prusse, celui de l'Annonciade de Sardaigne, et la Toison-d'Or.