—Messieurs, dit le comte, je vous souhaite bonnes chances dans vos belles carrières. Raccommodez-vous avec le roi de France, monsieur le colonel: les Czerni-Georges ne doivent pas bouder les Bourbons. Je n'ai rien à vous pronostiquer, mon cher monsieur Schinner, car pour vous la gloire est toute venue, et vous l'avez noblement conquise par d'admirables travaux; mais vous êtes tellement à craindre, que moi, qui suis marié, je n'oserais pas vous en offrir à ma campagne. Quant à monsieur Husson, il n'a pas besoin de protection, il possède les secrets des hommes d'État, il peut les faire trembler. Quant à monsieur Léger, il va plumer le comte de Sérisy, je n'ai qu'à le prier d'y aller d'une main ferme!

Quand on prend du talon, on n'en saurait trop prendre, dit Mistigris.

—Laissez-moi là, Pierrotin, vous m'y reprendrez demain! s'écria le comte.

Le comte descendit et se perdit dans un chemin couvert, en abandonnant ses compagnons de route à leur confusion.

—Oh! c'est ce comte qui a loué Franconville, il y va, dit le père Léger.

—Si jamais, dit le faux Schinner, il m'arrive de blaguer en voiture, je me bats en duel avec moi-même. C'est aussi ta faute à toi, Mistigris, ajouta-t-il en donnant à son rapin une tape sur sa casquette.

—Oh! moi qui n'ai fait que vous suivre à Venise, répondit Mistigris. Mais, qui veut noyer son chien l'accuse de la nage!

—Savez-vous, dit Georges à son voisin Oscar, que si par hasard c'eût été le comte de Sérisy, je n'aurais pas voulu me trouver dans votre peau, quoiqu'elle soit sans maladies.

Oscar, en pensant aux recommandations de sa mère, que ce mot lui rappela, devint blême et se dégrisa.

—Vous voilà rendus, messieurs, dit Pierrotin en arrêtant à une belle grille.