—Modeste n'est pas seulement amoureuse, elle aime quelqu'un: répondit obstinément la mère.

—Madame, il s'agit de ma vie, et vous trouverez bon, non pas à cause de moi, mais de ma pauvre femme, de mon colonel et de nous, que je cherche à savoir qui de la mère ou du chien de garde se trompe...

—C'est vous, Dumay! Ah! si je pouvais regarder ma fille!... s'écria la pauvre aveugle.

—Mais qui peut-elle aimer? dit madame Latournelle. Quant à nous, je réponds de mon Exupère.

—Ce ne saurait être Gobenheim que, depuis le départ du colonel, nous voyons à peine neuf heures par semaine, dit Dumay. D'ailleurs il ne pense pas à Modeste, cet écu de cent sous fait homme! Son oncle Gobenheim-Keller lui a dit: «Deviens assez riche pour épouser une Keller.» Avec ce programme, il n'y a pas à craindre qu'il sache de quel sexe est Modeste. Voilà tout ce que nous voyons d'homme ici. Je ne compte pas Butscha, pauvre petit bossu, je l'aime, il est votre Dumay, madame, dit-il à la notaresse. Butscha sait très bien qu'un regard jeté sur Modeste lui vaudrait une trempée à la mode de Vannes... Pas une âme n'a de communication avec nous. Madame Latournelle qui, depuis votre... votre malheur, vient chercher Modeste pour aller à l'église et l'en ramène, l'a bien observée, ces jours-ci, durant la messe, et n'a rien vu de suspect autour d'elle. Enfin, s'il faut vous tout dire, j'ai ratissé moi-même les allées autour de la maison depuis un mois, et je les ai retrouvées le matin sans traces de pas...

—Les râteaux ne sont ni chers ni difficiles à manier, dit la fille de l'Allemagne.

—Et les chiens,... s'écria Dumay.

—Les amoureux savent leur trouver des philtres, répondit madame Mignon.

—Ce serait à me brûler la cervelle, si vous aviez raison, car je serais enfoncé!... s'écria Dumay.

—Et pourquoi, Dumay? demanda madame Mignon.