—Eh! madame, je ne soutiendrais pas le regard du colonel s'il ne retrouvait pas sa fille, surtout maintenant qu'elle est unique, aussi pure, aussi vertueuse qu'elle était quand, sur le vaisseau, il m'a dit:—Que la peur de l'échafaud ne t'arrête pas, Dumay, quand il s'agira de l'honneur de Modeste!

—Je vous reconnais bien là tous les deux! dit madame Mignon pleine d'attendrissement.

—Je gagerais mon salut éternel, que Modeste est pure comme elle l'était dans sa barcelonette, dit madame Dumay.

—Oh! je le saurai, dit Dumay, si madame la comtesse veut me permettre d'essayer d'un moyen, car les vieux troupiers se connaissent en stratagèmes.

—Je vous permets tout ce qui pourra nous éclairer sans nuire à notre dernier enfant.

—Et, comment feras-tu, Anne?... dit madame Dumay, pour savoir le secret d'une jeune fille, quand il est si bien gardé.

—Obéissez-moi bien tous, s'écria le lieutenant, j'ai besoin de tout le monde.

Ce précis rapide, qui, développé savamment, aurait fourni tout un tableau de mœurs (combien de familles peuvent y reconnaître les événements de leur vie), suffit à faire comprendre l'importance des petits détails donnés sur les êtres et les choses pendant cette soirée où le vieux militaire avait entrepris de lutter avec une jeune fille, et de faire sortir du fond de ce cœur un amour observé par une mère aveugle.

Une heure se passa dans un calme effrayant, interrompu par les phrases hiéroglyphiques des joueurs de whist.

—Pique!—Atout!—Coupe!—Avons-nous les honneurs?—Deux de tri (sic)!—A huit!—A qui à donner? Phrases qui constituent aujourd'hui les grandes émotions de l'aristocratie européenne.