—Belle à pouvoir servir de modèle à un peintre.

—Mon neveu, dit le père Rouget que Flore poussa par le coude, voici monsieur Maxence Gilet, un homme qui a servi l'Empereur, comme ton frère, dans la Garde Impériale.

Joseph se leva, s'inclina.

—Monsieur votre frère était dans les dragons, je crois, et moi j'étais dans les pousse-cailloux, dit Maxence.

—A cheval ou à pied, dit Flore, on n'en risquait pas moins sa peau!

Joseph observait Max autant que Max observait Joseph. Max était mis comme les jeunes gens élégants se mettaient alors; car il se faisait habiller à Paris. Un pantalon de drap bleu de ciel, à gros plis très-amples, faisait valoir ses pieds en ne laissant voir que le bout de sa botte ornée d'éperons. Sa taille était pincée par son gilet blanc à boutons d'or façonnés, et lacé par derrière pour lui servir de ceinture. Ce gilet boutonné jusqu'au col dessinait bien sa large poitrine, et son col en satin noir l'obligeait à tenir la tête haute, à la façon des militaires. Il portait un petit habit noir très-bien coupé. Une jolie chaîne d'or pendait de la poche de son gilet, où paraissait à peine une montre plate. Il jouait avec cette clef dite à criquet, que Breguet venait d'inventer.

—Ce garçon est très-bien, se dit Joseph en admirant comme peintre la figure vive, l'air de force et les yeux gris spirituels que Max tenait de son père le gentilhomme. Mon oncle doit être bien embêtant, cette belle fille a cherché des compensations, et ils font ménage à trois. Ça se voit!

En ce moment Baruch et François arrivèrent.

—Vous n'êtes pas encore allé voir la Tour d'Issoudun? demanda Flore à Joseph. Si vous vouliez faire une petite promenade en attendant le dîner, qui ne sera servi que dans une heure, nous vous montrerions la grande curiosité de la ville?...

—Volontiers? dit l'artiste incapable d'apercevoir en ceci le moindre inconvénient.