—Philippe sait-il que je suis malade? dit Agathe d'une voix dolente le soir même du jour où Bixiou rendit compte de sa mission.
Joseph sortit étouffé par ses larmes. L'abbé Loraux, qui se trouvait au chevet de sa pénitente, lui prit la main, la lui serra, puis il répondit:—Hélas! mon enfant, vous n'avez jamais eu qu'un fils!...
En entendant ce mot qu'elle comprit, Agathe eut une crise par laquelle commença son agonie. Elle mourut vingt heures après.
Dans le délire qui précéda sa mort, ce mot:—De qui donc Philippe tient-il?... lui échappa.
Joseph mena seul le convoi de sa mère. Philippe était allé, pour affaire de service, à Orléans, chassé de Paris par la lettre suivante que Joseph lui écrivit au moment où leur mère rendait le dernier soupir:
«Monstre, ma pauvre mère est morte du saisissement que ta lettre lui a causé, prends le deuil; mais fais-toi malade: je ne veux pas que son assassin soit à mes côtés devant son cercueil.
»Joseph B.»
Le peintre, qui ne se sentit plus le courage de peindre, quoique peut-être sa profonde douleur exigeât l'espèce de distraction mécanique apportée par le travail, fut entouré de ses amis qui s'entendirent pour ne jamais le laisser seul. Donc, Bixiou, qui aimait Joseph autant qu'un railleur peut aimer quelqu'un, faisait, quinze jours après le convoi, partie des amis groupés dans l'atelier. En ce moment, la servante entra brusquement et remit à Joseph cette lettre apportée, dit-elle, par une vieille femme qui attendait une réponse chez le portier.
«Monsieur,
»Vous à qui je n'ose donner le nom de frère, je dois m'adresser à vous, ne fût-ce qu'à cause du nom que je porte...