—Alors il leur faut du vin, du vin de Vouvray, les deux pièces qui me restent, trois cents bouteilles, pour cent francs, bagatelle.

—A combien cela met-il la bouteille? dit Gaudissart en calculant. Voyons? il y a le port, l'entrée, nous n'arrivons pas à sept sous; mais ce serait une bonne affaire. Ils payent tous les autres vins plus cher. (Bon, je tiens mon homme, se dit Gaudissart; tu veux me vendre du vin dont j'ai besoin, je vais te dominer.)—Eh! bien, monsieur, reprit-il, des hommes qui disputent sont bien près de s'entendre. Parlons franchement, vous avez une grande influence sur ce canton?

—Je le crois, dit le fou. Nous sommes la tête de Vouvray.

—Hé! bien, vous avez parfaitement compris l'entreprise des capitaux intellectuels?

—Parfaitement.

—Vous avez mesuré toute la portée du Globe?

—Deux fois... à pied.

Gaudissart n'entendit pas, parce qu'il restait dans le milieu de ses pensées et s'écoutait lui-même en homme sûr de triompher.

—Or, eu égard à la situation où vous êtes, je comprends que vous n'ayez rien à assurer à l'âge où vous êtes arrivé. Mais, monsieur, vous pouvez faire assurer les personnes qui, dans le canton, soit par leur valeur personnelle, soit par la position précaire de leurs familles, voudraient se faire un sort. Donc, en prenant un abonnement au Globe, et en m'appuyant de votre autorité dans le Canton pour le placement des capitaux en rente viagère, car on affectionne le viager en province; eh! bien, nous pourrons nous entendre relativement aux deux pièces de vin. Prenez-vous le Globe?

—Je vais sur le Globe.