Le lendemain, à cinq heures du matin, les hôtes du château d'Anzy furent sur pied. Le petit La Baudraye avait organisé pour les Parisiens une chasse; moins pour leur plaisir que par vanité de propriétaire, il était bien aise de leur faire arpenter ses bois et de leur faire traverser les douze cents hectares de landes qu'il rêvait de mettre en culture: entreprise qui voulait quelque cent mille francs, mais qui pouvait porter de trente à soixante mille francs les revenus de la terre d'Anzy.

—Savez-vous pourquoi le Procureur du Roi n'a pas voulu venir chasser avec nous? dit Gatien Boirouge à monsieur Gravier.

—Mais il nous l'a dit, il doit tenir l'audience aujourd'hui, car le Tribunal juge correctionnellement, répondit le Receveur des Contributions.

—Et vous croyez cela? s'écria Gatien. Eh! bien, mon papa m'a dit:—Vous n'aurez pas monsieur Lebas de bonne heure, car monsieur de Clagny a prié son substitut de tenir l'audience.

—Ah! ah! fit Gravier, dont la physionomie changea, et monsieur de La Baudraye qui part pour la Charité!

—Mais pourquoi vous mêlez-vous de ces affaires? dit Horace Bianchon à Gatien.

—Horace a raison, dit Lousteau. Je ne comprends pas comment vous vous occupez autant les uns des autres, vous perdez votre temps à des riens.

Horace Bianchon regarda Étienne Lousteau comme pour lui dire que les malices de feuilleton, les bons mots de petit journal étaient incompris à Sancerre. En atteignant un fourré, monsieur Gravier laissa les deux hommes célèbres et Gatien s'y engager, sous la conduite du garde, dans un pli du terrain.

—Eh! bien, attendons le financier, dit Bianchon quand les chasseurs arrivèrent à une clairière.

—Ah! bien, si vous êtes un grand homme en Médecine, répliqua Gatien, vous êtes un ignorant en fait de vie de province. Vous attendez monsieur Gravier?... mais il court comme un lièvre, malgré son petit ventre rondelet; il est maintenant à vingt minutes d'Anzy... (Gatien tira sa montre) Bien! il arrivera juste à temps.