—Où voulez-vous en venir, monsieur? dit le Procureur du Roi.
—A l'adultère! Ainsi, monsieur, un bouddhiste en fumant sa pipe peut parfaitement dire que la religion des chrétiens est fondée sur l'adultère; comme nous croyons que Mahomet est un imposteur, que son Coran est une réimpression de la Bible et de l'Évangile, et que Dieu n'a jamais eu la moindre intention de faire, de ce conducteur de chameaux, son prophète.
—S'il y avait en France beaucoup d'hommes comme vous, et il y en a malheureusement trop, tout gouvernement y serait impossible.
—Et il n'y aurait pas de religion, dit madame Piédefer dont le visage avait fait d'étranges grimaces pendant cette discussion.
—Tu leur causes une peine infinie, dit Bianchon à l'oreille d'Étienne, ne parle pas religion, tu leur dis des choses à les renverser.
—Si j'étais écrivain ou romancier, dit monsieur Gravier, je prendrais le parti des maris malheureux. Moi qui ai vu beaucoup de choses et d'étranges choses, je sais que dans le nombre des maris trompés il s'en trouve dont l'attitude ne manque point d'énergie, et qui, dans la crise, sont très-dramatiques, pour employer un de vos mots, monsieur, dit-il en regardant Étienne.
—Vous avez raison, mon cher monsieur Gravier, dit Lousteau, je n'ai jamais trouvé ridicules les maris trompés; au contraire, je les aime...
—Ne trouvez-vous pas un mari sublime de confiance? dit alors Bianchon; il croit en sa femme, il ne la soupçonne point, il a la foi du charbonnier. S'il a la faiblesse de se confier à sa femme, vous vous en moquez; s'il est défiant et jaloux, vous le haïssez: dites-moi quel est le moyen terme pour un homme d'esprit?
—Si monsieur le Procureur du Roi ne venait pas de se prononcer si ouvertement contre l'immoralité des récits où la charte conjugale est violée, je vous raconterais une vengeance de mari, dit Lousteau.
Monsieur de Clagny jeta ses dés d'une façon convulsive, et ne regarda point le journaliste.