Madame de La Baudraye était sans défense devant des affirmations si précises et devant un homme qui se posait à la fois en médecin, en confesseur et en confident.

—Eh! comment, dit-elle, pouvez-vous imaginer qu'une femme puisse se mettre en concurrence avec les maîtresses d'un journaliste... Monsieur Lousteau me paraît agréable, spirituel, mais il est blasé, etc., etc...

Dinah revint sur ses pas et fut obligée d'arrêter le flux de paroles sous lequel elle voulait cacher ses intentions; car Étienne, qui paraissait occupé des progrès de Cosne, venait au-devant d'eux.

—Croyez-moi, lui dit Bianchon, il a besoin d'être aimé sérieusement; et s'il change d'existence, son talent y gagnera.

Le cocher de Dinah accourut essoufflé pour annoncer l'arrivée de la diligence, et l'on hâta le pas. Madame de La Baudraye allait entre les deux Parisiens.

—Adieu, mes enfants, dit Bianchon avant d'entrer dans Cosne, je vous bénis...

Il quitta le bras de madame de La Baudraye en le laissant prendre à Lousteau qui le serra sur son cœur avec une expression de tendresse. Quelle différence pour Dinah! le bras d'Étienne lui causa la plus vive émotion quand celui de Bianchon ne lui avait rien fait éprouver. Il y eut alors entre elle et le journaliste un de ces regards rouges qui sont plus que des aveux.

—Il n'y a plus que les femmes de province qui portent des robes d'organdi, la seule étoffe dont le chiffonnage ne peut pas s'effacer, se dit alors en lui-même Lousteau. Cette femme, qui m'a choisi pour amant, va faire des façons à cause de sa robe. Si elle avait mis une robe de foulard, je serais heureux... A quoi tiennent les résistances...

Pendant que Lousteau recherchait si madame de La Baudraye avait eu l'intention de s'imposer à elle-même une barrière infranchissable en choisissant une robe d'organdi, Bianchon aidé par le cocher, faisait charger son bagage sur la diligence. Enfin il vint saluer Dinah qui parut excessivement affectueuse pour lui.

—Retournez, madame la baronne, laissez-moi... Gatien va venir, lui dit-il à l'oreille. Il est tard, reprit-il à haute voix... Adieu!