—Adieu, grand homme! s'écria Lousteau en donnant une poignée de main à Bianchon.
Quand le journaliste et madame de La Baudraye, assis l'un près de l'autre au fond de cette vieille calèche, repassèrent la Loire, ils hésitèrent tous deux à parler. Dans cette situation, la parole par laquelle on rompt le silence possède une effrayante portée.
—Savez-vous combien je vous aime? dit alors le journaliste à brûle-pourpoint.
La victoire pouvait flatter Lousteau, mais la défaite ne lui causait aucun chagrin. Cette indifférence fut le secret de son audace. Il prit la main de madame de La Baudraye en lui disant ces paroles si nettes, et la serra dans ses deux mains; mais Dinah dégagea doucement sa main.
—Oui, je vaux bien une grisette ou une actrice, dit-elle d'une voix émue tout en plaisantant; mais croyez-vous qu'une femme qui, malgré ses ridicules, a quelque intelligence, ait réservé les plus beaux trésors du cœur pour un homme qui ne peut voir en elle qu'un plaisir passager... Je ne suis pas surprise d'entendre de votre bouche un mot que tant de gens m'ont déjà dit... mais...
Le cocher se retourna.—Voici monsieur Gatien... dit-il.
—Je vous aime, je vous veux, et vous serez à moi, car je n'ai jamais senti pour aucune femme ce que vous m'inspirez! cria Lousteau dans l'oreille de Dinah.
—Malgré moi, peut-être? répliqua-t-elle en souriant.
—Au moins faut-il pour mon honneur que vous ayez l'air d'avoir été vivement attaquée, dit le Parisien à qui la funeste propriété de l'organdi suggéra une idée bouffonne.
Avant que Gatien eût atteint le bout du pont, l'audacieux journaliste chiffonna si lestement la robe d'organdi, que madame de La Baudraye se vit dans un état à ne pas se montrer.