—Ah! monsieur!... s'écria majestueusement Dinah.
—Vous m'avez défié, répondit-il.
Mais Gatien arrivait avec la célérité d'un amant dupé. Pour regagner un peu de l'estime de madame de La Baudraye, Lousteau s'efforça de dérober la vue de la robe froissée à Gatien en se jetant pour lui parler hors de la voiture du côté de Dinah.
—Courez à notre auberge, lui dit-il, il en est temps encore, la diligence ne part que dans une demi-heure, le manuscrit est sur la table de la chambre occupée par Bianchon, il y tient, car il ne saurait comment faire son Cours.
—Allez donc, Gatien, dit madame de La Baudraye en regardant son jeune adorateur avec une expression pleine de despotisme.
L'enfant, commandé par cette insistance, rebroussa, courant à bride abattue.
—Vite à La Baudraye, cria Lousteau au cocher, madame la baronne est souffrante... Votre mère sera seule dans le secret de ma ruse, dit-il en se rasseyant auprès de Dinah.
—Vous appelez cette infamie une ruse? dit madame de La Baudraye en réprimant quelques larmes qui furent séchées au feu de l'orgueil irrité.
Elle s'appuya dans le coin de la calèche, se croisa les bras sur la poitrine et regarda la Loire, la campagne, tout, excepté Lousteau. Le journaliste prit alors un ton caressant et parla jusqu'à La Baudraye où Dinah se sauva de la calèche chez elle en tâchant de n'être vue de personne. Dans son trouble, elle se précipita sur un sofa pour y pleurer.
—Si je suis pour vous un objet d'horreur, de haine ou de mépris, eh! bien, je pars, dit alors Lousteau qui l'avait suivie.