—Pourquoi l'a-t-il quittée? demanda Joseph. Qu'importe qu'il y ait les punaises de Louis XVIII ou le coucou de Napoléon sur les drapeaux, si ces chiffons sont français? La France est la France! Je peindrais pour le diable, moi! Un soldat doit se battre, s'il est soldat, pour l'amour de l'art. Et s'il était resté tranquillement à l'armée, il serait général aujourd'hui...

—Vous êtes injustes pour lui, dit Agathe. Ton père, qui adorait l'Empereur, l'eût approuvé. Mais enfin il consent à rentrer dans l'armée! Dieu connaît le chagrin que cause à ton frère ce qu'il regarde comme une trahison.

Joseph se leva pour monter à son atelier; mais Agathe le prit par la main, et lui dit:—Sois bon pour ton frère, il est si malheureux!

Quand l'artiste revint à son atelier, suivi par la Descoings qui lui disait de ménager la susceptibilité de sa mère, en lui faisant observer combien elle changeait, et combien de souffrances intérieures ce changement révélait, ils y trouvèrent Philippe, à leur grand étonnement.

—Joseph, mon petit, lui dit-il d'un air dégagé, j'ai bien besoin d'argent. Nom d'une pipe! je dois pour trente francs de cigares à mon bureau de tabac, et je n'ose point passer devant cette maudite boutique sans les payer. Voici dix fois que je les promets.

—Eh! bien, j'aime mieux cela, répondit Joseph, prends dans la tête.

—Mais j'ai tout pris, hier soir, après le dîner.

—Il y avait quarante-cinq francs...

—Eh! oui, c'est bien mon compte, répondit Philippe, je les ai trouvés. Ai-je mal fait? reprit-il.

—Non, mon ami, non, répondit l'artiste. Si tu étais riche, je ferais comme toi; seulement, avant de prendre, je te demanderais si cela te convient.