—Je rabouille pour mon oncle Brazier que voilà.
Rabouiller est un mot berrichon qui peint admirablement ce qu'il veut exprimer: l'action de troubler l'eau d'un ruisseau en la faisant bouillonner à l'aide d'une grosse branche d'arbre dont les rameaux sont disposés en forme de raquette. Les écrevisses effrayées par cette opération, dont le sens leur échappe, remontent précipitamment le cours d'eau, et dans leur trouble se jettent au milieu des engins que le pêcheur a placés à une distance convenable. Flore Brazier tenait à la main son rabouilloir avec la grâce naturelle à l'innocence.
—Mais ton oncle a-t-il la permission de pêcher des écrevisses?
—Eh! bien, ne sommes-nous plus sous la République une et indivisible? cria de sa place l'oncle Brazier.
—Nous sommes sous le Directoire, dit le médecin, et je ne connais pas de loi qui permette à un homme de Vatan de venir pêcher sur le territoire de la commune d'Issoudun, répondit le médecin. As-tu ta mère, ma petite?
—Non, monsieur, et mon père est à l'hospice de Bourges; il est devenu fou à la suite d'un coup de soleil qu'il a reçu dans les champs, sur la tête...
—Que gagnes-tu?
—Cinq sous par jour pendant toute la saison du rabouillage, j'allons rabouiller jusque dans la Braisne. Durant la moisson, je glane. L'hiver, je file.
—Tu vas sur douze ans?....
—Oui, monsieur....