—Non, réglés immédiatement, répondit Vidal ou Porchon.

—A quel terme, neuf mois? demanda le libraire ou l'auteur qui offrait sans doute un livre.

—Non, mon cher, à un an, répondit l'un des deux libraires-commissionnaires.

Il y eut un moment de silence.

—Vous m'égorgez, s'écria l'inconnu.

—Mais, aurons-nous placé dans un an cinq cents exemplaires de Léonide? répondit le libraire-commissionnaire à l'éditeur de Victor Ducange. Si les livres allaient au gré des éditeurs, nous serions millionnaires, mon cher maître; mais ils vont au gré du public. On donne les romans de Walter Scott à dix-huit sous le volume, trois livres douze sous l'exemplaire, et vous voulez que je vende vos bouquins plus cher? Si vous voulez que je vous pousse ce roman-là, faites moi des avantages.—Vidal!

Un gros homme quitta la caisse et vint, une plume passée entre son oreille et sa tête.

—Dans ton dernier voyage, combien as-tu placé de Ducange? lui demanda Porchon.

—J'ai fait deux cents Petit Vieillard de Calais; mais il a fallu, pour les placer, déprécier deux autres ouvrages sur lesquels on ne nous faisait pas de si fortes remises, et qui sont devenus de fort jolis rossignols.

Plus tard Lucien apprit que ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leurs magasins.