Les libraires le saluèrent à peine.
—Je suis auteur d'un roman sur l'histoire de France, à la manière de Walter Scott et qui a pour titre l'Archer de Charles IX; je vous propose d'en faire l'acquisition.
Porchon jeta sur Lucien un regard sans chaleur en posant sa plume sur son pupitre.
Vidal, lui, regarda l'auteur d'un air brutal, et lui répondit:—Monsieur, nous ne sommes pas libraires-éditeurs, nous sommes libraires-commissionnaires. Quand nous faisons des livres pour notre compte, ils constituent des opérations que nous entreprenons alors avec des noms faits, nous n'achetons d'ailleurs que des livres sérieux, des histoires, des résumés.
—Mais mon livre est très-sérieux, il s'agit de peindre sous son vrai jour la lutte des catholiques qui tenaient pour le gouvernement absolu, et des protestants qui voulaient établir la république.
—Monsieur Vidal! cria un commis.
Vidal s'esquiva.
—Je ne vous dis pas, monsieur, que votre livre ne soit pas un chef-d'œuvre, reprit Porchon en faisant un geste assez impoli, mais nous ne nous occupons que des livres fabriqués. Allez voir ceux qui achètent des manuscrits, le père Doguereau, rue du Coq, auprès du Louvre, il est un de ceux qui font le roman. Si vous aviez parlé plus tôt, vous venez de voir Pollet, le concurrent de Doguereau, et des libraires des Galeries-de-Bois.
—Monsieur, j'ai un recueil de poésie...
—Monsieur Porchon! cria-t-on.