—Mon Dieu! se dit-elle, le voir ici, ce serait le bonheur. Et cependant il y venait naguère, amené par le désir. Sa voix remplissait ce boudoir. Et maintenant, rien!
En se souvenant des scènes de coquetterie qu’elle avait jouées, et qui le lui avaient ravi, des larmes de désespoir coulèrent de ses yeux pendant long-temps.
—Madame la duchesse, lui dit sa femme de chambre, ne sait peut-être pas qu’il est deux heures du matin, j’ai cru que madame était indisposée.
—Oui, je vais me coucher; mais rappelez-vous, Suzette, dit madame de Langeais en essuyant ses larmes, de ne jamais entrer chez moi sans ordre, et je ne vous le dirai pas une seconde fois.
Pendant une semaine, madame de Langeais alla dans toutes les maisons où elle espérait rencontrer monsieur de Montriveau. Contrairement à ses habitudes, elle arrivait de bonne heure et se retirait tard; elle ne dansait plus, elle jouait. Tentatives inutiles! elle ne put parvenir à voir Armand, de qui elle n’osait plus prononcer le nom. Cependant un soir, dans un moment de désespérance, elle dit à madame de Sérizy, avec autant d’insouciance qu’il lui fut possible d’en affecter:—Vous êtes donc brouillée avec monsieur de Montriveau? je ne le vois plus chez vous.
—Mais il ne vient donc plus ici? répondit la comtesse en riant. D’ailleurs, on ne l’aperçoit plus nulle part, il est sans doute occupé de quelque femme.
—Je croyais, reprit la duchesse avec douceur, que le marquis de Ronquerolles était un de ses amis...
—Je n’ai jamais entendu dire à mon frère qu’il le connût.
Madame de Langeais ne répondit rien. Madame de Sérizy crut pouvoir alors impunément fouetter une amitié discrète qui lui avait été si long-temps amère, et reprit la parole.
—Vous le regrettez donc, ce triste personnage. J’en ai ouï dire des choses monstrueuses: blessez-le, il ne revient jamais, ne pardonne rien; aimez-le, il vous met à la chaîne. A tout ce que je disais de lui, l’un de ceux qui le portent aux nues me répondait toujours par un mot: Il sait aimer! On ne cesse de me répéter: Montriveau quittera tout pour son ami, c’est une âme immense. Ah, bah! la société ne demande pas des âmes si grandes. Les hommes de ce caractère sont très-bien chez eux, qu’ils y restent, et qu’ils nous laissent à nos bonnes petitesses. Qu’en dites-vous, Antoinette?