Eugène était stupéfait.

—Cette pauvre Anastasie a toujours été violente, dit madame de Nucingen, mais elle a bon cœur.

—Elle est revenue pour l’endos, dit Eugène à l’oreille de Delphine.

—Vous croyez?

—Je voudrais ne pas le croire. Méfiez-vous d’elle, répondit-il en levant les yeux comme pour confier à Dieu des pensées qu’il n’osait exprimer.

—Oui, elle a toujours été un peu comédienne, et mon pauvre père se laisse prendre à ses mines.

—Comment allez-vous, mon bon père Goriot? demanda Rastignac au vieillard.

—J’ai envie de dormir, répondit-il.

Eugène aida Goriot à se coucher. Puis, quand le bonhomme se fut endormi en tenant la main de Delphine, sa fille se retira.

—Ce soir aux Italiens, dit-elle à Eugène, et tu me diras comment il va. Demain, vous déménagerez, monsieur. Voyons votre chambre. Oh! quelle horreur! dit-elle en y entrant. Mais vous étiez plus mal que n’est mon père. Eugène, tu t’es bien conduit. Je vous aimerais davantage si c’était possible; mais, mon enfant, si vous voulez faire fortune, il ne faut pas jeter comme ça des douze mille francs par les fenêtres. Le comte de Trailles est joueur. Ma sœur ne veut pas voir ça. Il aurait été chercher ses douze mille francs là où il sait perdre ou gagner des monts d’or.