—Peut-on le transporter?
—Impossible. Il faut le laisser là, lui éviter tout mouvement physique et toute émotion...
—Mon bon Bianchon, dit Eugène, nous le soignerons à nous deux.
—J’ai déjà fait venir le médecin en chef de mon hôpital.
—Eh! bien?
—Il prononcera demain soir. Il m’a promis de venir après sa journée. Malheureusement ce fichu bonhomme a commis ce matin une imprudence sur laquelle il ne veut pas s’expliquer. Il est entêté comme une mule. Quand je lui parle, il fait semblant de ne pas entendre, et dort pour ne pas me répondre; ou bien, s’il a les yeux ouverts, il se met à geindre. Il est sorti vers le matin, il a été à pied dans Paris, on ne sait où. Il a emporté tout ce qu’il possédait de vaillant, il a été faire quelque sacré trafic pour lequel il a outrepassé ses forces! Une de ses filles est venue.
—La comtesse? dit Eugène. Une grande brune, l’œil vif et bien coupé, joli pied, taille souple?
—Oui.
—Laisse-moi seul un moment avec lui, dit Rastignac. Je vais le confesser, il me dira tout, à moi.
—Je vais aller dîner pendant ce temps-là. Seulement tâche de ne pas trop l’agiter; nous avons encore quelque espoir.