—Silence, Armand! Vous abrégez le seul instant pendant lequel il nous sera permis de nous voir ici-bas.

—Antoinette, veux-tu me suivre?

—Mais je ne vous quitte pas. Je vis dans votre cœur, mais autrement que par un intérêt de plaisir mondain, de vanité, de jouissance égoïste; je vis ici pour vous, pâle et flétrie, dans le sein de Dieu! S’il est juste, vous serez heureux...

—Phrases que tout cela! Et si je te veux pâle et flétrie? Et si je ne puis être heureux qu’en te possédant? Tu connaîtras donc toujours des devoirs en présence de ton amant? Il n’est donc jamais au-dessus de tout dans ton cœur? Naguère, tu lui préférais la société, toi, je ne sais quoi; maintenant, c’est Dieu, c’est mon salut. Dans la sœur Thérèse, je reconnais toujours la duchesse ignorante des plaisirs de l’amour, et toujours insensible sous les apparences de la sensibilité. Tu ne m’aimes pas, tu n’as jamais aimé...

—Ha, mon frère...

—Tu ne veux pas quitter cette tombe, tu aimes mon âme, dis-tu? Eh! bien, tu la perdras à jamais, cette âme, je me tuerai...

—Ma mère, cria la sœur Thérèse en espagnol, je vous ai menti, cet homme est mon amant!

Aussitôt le rideau tomba. Le général, demeuré stupide, entendit à peine les portes intérieures se fermant avec violence.

—Ah! elle m’aime encore! s’écria-t-il en comprenant tout ce qu’il y avait de sublime dans le cri de la religieuse. Il faut l’enlever d’ici...

Le général quitta l’île, revint au quartier-général, il allégua des raisons de santé, demanda un congé et retourna promptement en France.