—Voici la troisième fois que vous me faites cette question depuis le commencement de l’hiver, dit-elle en souriant.

—Mais vous ne m’avez peut-être jamais répondu.

—Cela est vrai.

—Je savais bien que vous étiez fausse, comme le sont toutes les femmes...

Et madame Jules continua de rire.

—Écoutez, monsieur, si je vous disais la véritable raison, elle vous paraîtrait ridicule. Je ne pense pas qu’il y ait fausseté à ne pas dire des secrets dont le monde a l’habitude de se moquer.

—Tout secret veut, pour être dit, une amitié de laquelle je ne suis sans doute pas digne, madame. Mais vous ne sauriez avoir que de nobles secrets, et me croyez-vous donc capable de plaisanter sur des choses respectables?

—Oui, dit-elle, vous, comme tous les autres, vous riez de nos sentiments les plus purs; vous les calomniez. D’ailleurs, je n’ai pas de secrets. J’ai le droit d’aimer mon mari à la face du monde, je le dis, j’en suis orgueilleuse; et si vous vous moquez de moi en apprenant que je ne danse qu’avec lui, j’aurai la plus mauvaise opinion de votre cœur.

—Vous n’avez jamais dansé, depuis votre mariage, qu’avec votre mari?

—Oui, monsieur. Son bras est le seul sur lequel je me sois appuyée, et je n’ai jamais senti le contact d’aucun autre homme.