Pendant l’instant que Birotteau mit à revenir auprès du petit Popinot, il éprouva dans ses entrailles une chaleur violente, son diaphragme se contracta, ses oreilles tintèrent.

—Qu’avez-vous, monsieur? lui demanda le commis en voyant à son maître le visage pâle.

—Ah! mon garçon, je viens de conclure par un seul mot une grande affaire, personne n’est maître de ses émotions en pareil cas. D’ailleurs tu n’y es pas étranger. Aussi, t’ai-je amené ici pour y causer plus à l’aise, personne ne nous écoutera. Ta tante est gênée, à quoi donc a-t-elle perdu son argent? dis-le-moi.

—Monsieur, mon oncle et ma tante avaient leurs fonds chez monsieur de Nucingen, ils ont été forcés de prendre en remboursement des actions dans les mines de Wortschin qui ne donnent pas encore de dividende, et il est difficile à leur âge de vivre d’espérance.

—Mais avec quoi vivent-ils?

—Ils m’ont fait le plaisir d’accepter mes appointements.

—Bien, bien, Anselme, dit le parfumeur en laissant voir une larme qui roula dans ses yeux, tu es digne de l’attachement que je te porte. Aussi vas-tu recevoir une haute récompense de ton application à mes affaires.

En disant ces paroles, le négociant grandissait autant à ses propres yeux qu’à ceux de Popinot; il y mit cette bourgeoise et naïve emphase, expression de sa supériorité postiche.

—Quoi! vous auriez deviné ma passion pour...

—Pour qui? dit le parfumeur.