Addio, addio! disait-elle avec les inflexions les plus jolies de sa jeune voix.

Elle ajouta même sur la dernière syllabe une roulade admirablement bien exécutée, mais à voix basse, et comme pour peindre l’effusion de son cœur par une expression poétique. Le vieillard, frappé subitement par quelque souvenir, resta sur le seuil de ce réduit secret. Nous entendîmes alors, grâce à un profond silence, le soupir lourd qui sortit de sa poitrine: il tira la plus belle des bagues dont ses doigts de squelette étaient chargés, et la plaça dans le sein de Marianina. La jeune folle se mit à rire, reprit la bague, la glissa par-dessus son gant à l’un de ses doigts, et s’élança vivement vers le salon, où retentirent en ce moment les préludes d’une contredanse. Elle nous aperçut.

—Ah! vous étiez là! dit-elle en rougissant.

Après nous avoir regardés comme pour nous interroger, elle courut à son danseur avec l’insouciante pétulance de son âge.

—Qu’est-ce que cela veut dire? me demanda ma jeune partenaire. Est-ce son mari? Je crois rêver. Où suis-je?

—Vous! répondis-je, vous, madame, qui êtes exaltée et qui, comprenant si bien les émotions les plus imperceptibles, savez cultiver dans un cœur d’homme le plus délicat des sentiments, sans le flétrir, sans le briser dès le premier jour, vous qui avez pitié des peines du cœur, et qui à l’esprit d’une Parisienne joignez une âme passionnée digne de l’Italie ou de l’Espagne....

Elle vit bien que mon langage était empreint d’une ironie amère; et, alors, sans avoir l’air d’y prendre garde, elle m’interrompit pour dire:—Oh! vous me faites à votre goût. Singulière tyrannie! Vous voulez que je ne sois pas moi.

—Oh! je ne veux rien, m’écriai-je épouvanté de son attitude sévère. Au moins est-il vrai que vous aimez à entendre raconter l’histoire de ces passions énergiques enfantées dans nos cœurs par les ravissantes femmes du Midi?

—Oui. Hé! bien?

—Hé! bien, j’irai demain soir chez vous vers neuf heures, et je vous révélerai ce mystère.