—Non, répondit-elle d’un air mutin, je veux l’apprendre sur-le-champ.
—Vous ne m’avez pas encore donné le droit de vous obéir quand vous dites: Je veux.
—En ce moment, répondit-elle avec une coquetterie désespérante, j’ai le plus vif désir de connaître ce secret. Demain, je ne vous écouterai peut-être pas...
Elle sourit, et nous nous séparâmes; elle toujours aussi fière, aussi rude, et moi toujours aussi ridicule en ce moment que toujours. Elle eut l’audace de valser avec un jeune aide-de-camp, et je restai tour à tour fâché, boudeur, admirant, aimant, jaloux.
—A demain, me dit-elle vers deux heures du matin, quand elle sortit du bal.
—Je n’irai pas, pensais-je, et je t’abandonne. Tu es plus capricieuse, plus fantasque mille fois peut-être..... que mon imagination.
Le lendemain, nous étions devant un bon feu, dans un petit salon élégant, assis tous deux; elle sur une causeuse; moi, sur des coussins, presque à ses pieds, et mon œil sous le sien. La rue était silencieuse. La lampe jetait une clarté douce. C’était une de ces soirées délicieuses à l’âme, un de ces moments qui ne s’oublient jamais, une de ces heures passées dans la paix et le désir, et dont, plus tard, le charme est toujours un sujet de regret, même quand nous nous trouvons plus heureux. Qui peut effacer la vive empreinte des premières sollicitations de l’amour?
—Allons, dit-elle, j’écoute.
—Mais je n’ose commencer. L’aventure a des passages dangereux pour le narrateur. Si je m’enthousiasme, vous me ferez taire.
—Parlez.