Il m’est toujours impossible de comprendre le Bixiou.

PHELLION (d’un air élégiaque).

Monsieur Rabourdin lit si rarement les journaux, qu’il serait peut-être utile de les lui porter en nous en privant momentanément. (Fleury lui tend son journal, Vimeux celui du Bureau, il prend les journaux et sort.)

En ce moment, des Lupeaulx, qui descendait pour déjeuner avec le ministre, se demandait si, avant d’employer la fine fleur de sa rouerie pour le mari, la prudence ne commandait pas de sonder le cœur de la femme, afin de savoir s’il serait récompensé de son dévouement. Il se tâtait le peu de cœur qu’il avait, lorsque, sur l’escalier, il rencontra son avoué qui lui dit en souriant:—Deux mots, monseigneur? avec cette familiarité des gens qui se savent indispensables.

—Quoi, mon cher Desroches? fit l’homme politique. Que m’arrive-t-il? Ils se fâchent, ces messieurs, et ne savent pas faire comme moi: attendre!

—J’accours vous prévenir que toutes vos créances sont entre les mains des sieurs Gobseck et Gigonnet, sous le nom d’un sieur Samanon.

—Des hommes à qui j’ai fait gagner des sommes immenses!

—Écoutez, lui dit l’avoué à l’oreille, Gigonnet s’appelle Bidault, il est l’oncle de Saillard, votre caissier, et Saillard est le beau-père d’un certain Baudoyer qui se croit des droits à la place vacante dans votre Ministère. N’ai-je pas eu raison de vous prévenir?

—Merci, fit des Lupeaulx en saluant l’avoué d’un air fin.

—D’un trait de plume vous aurez quittance, dit Desroches en s’en allant.